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Scrutin test pour l'Arménie, tournée vers l'Occident au grand dam de Moscou
information fournie par AFP 07/06/2026 à 15:25

Le Premier ministre arménien Nikol Pachinian au Parlement européen à Strasbourg le 17 octobre 2023 ( AFP / FREDERICK FLORIN )

Le Premier ministre arménien Nikol Pachinian au Parlement européen à Strasbourg le 17 octobre 2023 ( AFP / FREDERICK FLORIN )

Les électeurs arméniens ont commencé à voter dimanche pour des législatives à valeur de test sur le soutien de la population à la réorientation géopolitique initiée par le Premier ministre, Nikol Pachinian, qui s'est tourné vers les Occidentaux au grand dam de la Russie.

L'Arménie et la Russie, liées par deux siècles d'histoire au sein de l'empire russe puis soviétique, sont officiellement toujours alliées. Mais Erevan multiplie les reproches envers Moscou, qui n'a pas empêché la reprise par la force par l'Azerbaïdjan de l'enclave du Karabakh, et se tourne vers l'Union européenne et les Etats-Unis.

Le président américain, Donald Trump a apporté son soutien "total" à Nikol Pachinian, alors que Moscou a mis Erevan en garde contre une trajectoire qu'elle rapproche de celle de l'Ukraine, qu'elle dit avoir mené à son invasion déclenchée en février 2022.

A la sortie de son bureau de vote à Erevan, le Premier ministre a affirmé que l'Arménie poursuivrait une politique d'équilibre entre la Russie et l'Occident.

"Nous accepterons le choix du peuple, quel qu'il soit" dans ce scrutin, a déclaré M. Pachinian à des journalistes.

Le scrutin de dimanche intervient après des années de profonds bouleversements en Arménie depuis l'arrivée au pouvoir de M. Pachinian à l'issue de manifestations en 2018.

Ce petit pays à majorité chrétienne du Caucase est encore sous le choc de sa défaite militaire contre l'Azerbaïdjan en 2020 et de la perte du Karabakh en 2023, qui a provoqué l'exode de dizaines de milliers d'Arméniens de ce territoire montagneux disputé depuis des décennies.

Nikol Pachinian, ancien journaliste âgé de 51 ans, a présenté ce scrutin comme un choix entre une paix durable, quoique controversée, avec Bakou, et un retour à la guerre.

A 14h00 locales (10H00GMT), 33.84% des électeurs s'étaient exprimés dans les urnes selon la Commission électorale.

"Le vote de chacun compte", glisse Margarita Ovanesyan, retraitée de 76 ans qui souhaite à ses compatriotes de "voter avec sagesse".

Le parquet a indiqué avoir ouvert 165 enquêtes pour "cas présumés d'obstruction du processus électoral", tandis que le parti d'opposition Alliance arménienne de l'ex-président Robert Kotcharian a accusé les forces de l'ordre d'avoir interpellé des membres de son équipe de campagne.

- Rancœur envers Moscou -

M. Pachinian avait reproché à Moscou de ne pas avoir apporté son aide à l'Arménie lors de la guerre de 2020. La Russie avait déployé des forces de maintien de la paix au Karabakh, mais n'était pas intervenue directement, soucieuse de préserver ses relations avec l'Azerbaïdjan, autre ancienne république soviétique.

Les soutiens de l'homme d'affaires russo-arménien Samvel Karapetyan lors d'un meeting de campagne le 3 juin 2026 à Erevan en Arménie ( AFP / Karen MINASYAN )

Les soutiens de l'homme d'affaires russo-arménien Samvel Karapetyan lors d'un meeting de campagne le 3 juin 2026 à Erevan en Arménie ( AFP / Karen MINASYAN )

Prenant acte, M. Pachinian a gelé la participation arménienne à une alliance régionale chapeautée par Moscou et a cherché à renforcer les liens avec Bruxelles et Washington, allant même jusqu'à évoquer une potentielle adhésion de son pays à l'UE.

Le président russe a, lui, mis en garde contre le "scénario ukrainien" fin mai, estimant que l'intention de l'Ukraine de rejoindre l'UE avait mené in fine à l'invasion russe en 2022. Kiev, en 2014, s'apprêtait en réalité à signer un simple accord d'association avec l'Union européenne.

La Russie a interdit l'importation d'une série de produits agricoles arméniens, et le Kremlin a aussi été accusé de chercher à influencer le scrutin.

Les Arménien sont nombreux en Russie, principal partenaire commercial de l'Arménie et marché clef pour ses exportations, alors que Erevan est dépendant de Moscou pour ses fournitures d'armements et d'énergie.

- Soutien européen -

Nikol Pachinian affirme cependant ne pas souhaiter rompre avec Moscou ni vouloir "nuire aux intérêts de la Russie".

Le Premier ministre arménien Nikol Pachinian à un meeting de campagne électorale à Erevan le 5 juin 2026 ( AFP / Karen MINASYAN )

Le Premier ministre arménien Nikol Pachinian à un meeting de campagne électorale à Erevan le 5 juin 2026 ( AFP / Karen MINASYAN )

Pour autant, la campagne électorale a pris des airs de combat pour l'avenir géopolitique de l'Arménie.

Le principal concurrent de M. Pachinian, l'homme d'affaires russo-arménien Samvel Karapetyan, a mis en garde contre toute "ruée imprudente" vers l'Occident. "La Russie est et restera notre partenaire stratégique et notre principal partenaire économique", a-t-il déclaré.

Les Européens, de leur côté, ne cachent guère leur souhait de voir Nikol Pachinian l'emporter, et sont venus soutenir le partenariat UE-Arménie lors d'un sommet à Erevan début mai.

Son parti, Contrat civil, est donné en tête dans les sondages, mais avec 19 partis et blocs en lice pour 101 siège, le scrutin risque d'aboutir à un Parlement fragmenté.

Huit ans après son arrivée au pouvoir sur la promesse de démanteler le système oligarchique post-soviétique arménien, le Premier ministre fait face à des critiques croissantes.

L'Arménie dérive "du populisme vers des méthodes de gouvernance autoritaires", affirme l'analyste indépendant Gevorg Poghosyan.

Pour autant, pour de nombreux Arméniens, l'opposition reste associée à l'influence russe et aux oligarques.

"Seul (Nikol) Pachinian peut apporter la paix", a déclaré à l'AFP Hakob Hakobyn, un artisan de 63 ans.

Katachtour Movsisyan, ingénieur mécanique de 59 ans, a voté pour un parti d'opposition, pour "le changement: en politique étrangère, intérieure, et dans les négociations avec l'Azerbaïdjan".

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